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Les parents pour l’entrée du numérique à l’école

À 44%, ils jugent essentiel l’apprentissage des nouvelles technologies à l’école. Et apprécient d’avoir accès au cahier de texte numérique de leurs enfants.

C’est un véritable plébiscite pour l’entrée massive du numérique à l’école. Les parents se montrent fervents, à en croire l’enquête présentée par Microsoft jeudi. À 44%, ils jugent l’apprentissage des nouvelles technologies nécessaire. Presque autant que la culture générale et bien plus que la transmission «des valeurs de la République, comme la laïcité». Et apprécient de se voir soudain réintégrer dans l’école, via le cahier de texte en ligne, le carnet de correspondance et les notes, qui arrivent parfois jusque sur leurs téléphones portables…

Les élèves, s’ils n’apprécient guère cette transparence qui déjoue leurs petites ruses de toujours, se montrent également enthousiastes. Ils assurent que ces nouveaux outils accroissent leur motivation et améliorent leurs résultats. Même les professeurs seraient chaque jour plus favorables à l’usage d’Internet, selon Christophe Desriac, directeur du département éducation de Microsoft.

Dans une école en crise, certains voient, dans le numérique, une possibilité de salut, «l’opportunité de rétablir un peu de personnalisation», explique Thierry de Vulpillières, de Microsoft. Le numérique offre aux professeurs volontaires une marge de créativité. Chacun peut inventer et personnaliser son programme. Et les innovations se multiplient. Sans révolutionner l’éducation. Mais en apportant leur lot de pédagogie nouvelle. Comme ce professeur d’histoire-géographie de Limoges qui, pour un cours sur l’espace urbain et rural, a fait réaliser une carte sonore à ses élèves, qui ont enregistré les bruits de la ville sur leur téléphone. Ou encore ces enseignants qui proposent des exercices de soutien à leurs élèves sur un espace personnalisé en ligne avec un horaire de chat pour poser des questions…

Ou ce maître de CP, Jean-Roch Masson, qui fait tweeter ses élèves: «On a l’impression que Twitter a été inventé pour eux. Des petits messages courts, c’est parfait. Et soudain, on sait que l’on écrit pour être lu. Pas juste comme un exercice.» Les élèves s’appliquent beaucoup plus, car, «si je fais des fautes, y’ a personne qui va me “follower”», reconnaît l’un d’eux. Des professeurs s’emparent aussi de la vidéo. Inspirés par l’incroyable succès de la Khan Academy, une université entièrement gratuite et virtuelle, lancée par un banquier qui voulait expliquer la Bourse à ses neveux en vidéo. Depuis, des milliers de cours filmés sont disponibles. En France, des professeurs proposent désormais à leurs élèves de réaliser des petits films pour transmettre ce qu’ils ont appris. Un exercice de synthèse autant qu’une familiarisation avec les images.

Le numérique réintroduit un monde en couleur et en trois dimensions dans une école jusque-là en noir et blanc. Or, et c’est une théorie prisée des pays nordiques, certains élèves sont plus visuels, d’autres plus sensibles à l’audio ou aux volumes. Ils trouvent là des aides à la compréhension qui leur faisaient défaut dans le système traditionnel. Et si aucune évaluation n’a jamais pu prouver l’effet d’une technologie sur l’apprentissage, les élèves jurent qu’ils travaillent mieux.

Perçue comme indispensable, la grande révolution numérique est pourtant aux portes de l’école française. Dans les enquêtes de l’OCDE sur les usages du numérique dans l’éducation, la France se classe 24e sur 28 pays! «C’est l’un des grands secteurs qui n’a pas encore été impacté par ce changement majeur», constate Benoît Thieulin, un spécialiste du Net français. «L’Éducation nationale tout comme les éditeurs de manuels scolaires se protègent derrière de gros murs. Et c’est pourtant là que les effets seront les plus forts.» Notamment sur la façon d’enseigner.

De nombreux professeurs restent réticents. Et redoutent de devenir les coachs d’enfants instruits par le Net. La plupart combattent le copier-coller, perçu comme le degré zéro de la pensée, du savoir. Comme cet enseignant parisien qui a récemment inventé un poème dans une fiche Wikipédia totalement burlesque pour piéger ses élèves. En France, le numérique s’inscrit dans le débat féroce entre partisans du savoir et tenants des compétences. Tandis qu’au Danemark les élèves peuvent passer le bac avec leur ordinateur connecté. Et sont jugés sur la qualité de la recherche et leur esprit de synthèse.

Source: Le Figaro