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Internationaliser l’innovation

L’innovation numérique en Afrique représente un marché colossal qui place au centre du jeu la valorisation du capital humain

Vecteur d’emploi, ce sont les centaines de milliers et bientôt les millions de jeunes sur le continent qui doivent profiter de cette effervescence.

Cette innovation se développe sur des marchés structuraux comme la santé, l’énergie, l’éducation… Des secteurs qui affichent justement une croissance record en Afrique.

Des exemples concrets mêlant innovation, mobile et collaboratif

Pour bien comprendre ce processus, prenons deux cas concrets comme le mobile banking au Kenya dont les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2,5 millions de transactions par jour et 30% (en 2013, cela a progressé depuis) du PIB sont réalisés sur M-Pesa, la solution de paiement mobile de l’opérateur Safaricom.

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Un autre exemple est la m-farm pour « ferme sur mobile » ou parfois évoqué comme « Agri Business » : des SMS sont envoyés à des millions d’agriculteurs en Afrique tous les jours à l’aube leur mettant à disposition les cours des produits qu’ils cultivent. Des utilisateurs qui peuvent répondre à ces messages en indiquant le prix auquel ils auront vendu le mil, le sorgho ou le manioc. Ils deviennent ainsi des analystes et bénéficient concrètement d’un équilibrage des prix entre le producteur et le consommateur. Les intermédiaires ne peuvent plus tricher.

Les perspectives qu’offrent les mobiles et le compte en banque sur mobile sont l’accès à de véritables opportunités de développement jamais mises à disposition des populations isolées: l’investissement par le crédit, l’assurance, l’épargne. Une révolution en Afrique où seul 20% du milliard d’habitants dispose d’un compte en banque. Le mobile devient plus qu’un outil multitâche, il se transforme en carte d’identité économique.

 « Imaginons les perspectives qu’offriront ces applications avec le renouvellement des téléphones ancienne génération par des smartphones. Ce sera la démocratisation de la cartographie, de la gestion des stocks et ainsi de la logistique ouverte à un potentiel d’un demi-milliard de clients »

Une innovation internationalisée «agile » ?

Dans ce contexte, la réplicabilité devient un enjeu d’innovation particulier. Qu’elle soit locale ou internationale, elle touche les 54 pays du continent, qu’elle relie entre eux, mêlant des cultures, des contextes et des économies diverses. Cela contribue à faire de l’Afrique un incroyable incubateur en temps réel et de l’innovation africaine une innovation vernaculaire, forgée par et pour les Africains tant les spécificités culturelles et sociales sont prédominantes.

En voyageant de pays en pays, du Maghreb à l’Océan Indien, de Dakar à Nairobi en passant par l’incroyable dynamisme de Kigali, on constate l’incroyable contraste entre des déserts numériques et des écosystèmes dynamiques. Des hubs émergent, signes qu’une troisième révolution industrielle a leapfroggé la seconde : l’Ethiopie et Kigali pour les investisseurs d’Afrique centrale, Dakar pour le web, Lagos pour les services…

L’innovation s’étend de région en pays et transforme radicalement l’économie informelle qui représente 70% des échanges en Afrique

Les Africains sont maintenant connectés par la fibre en ville ou en clef/point d’accès mobile 3G en brousse. Les nouveaux modes de transactions et de commerces virtuels permettent la sécurisation et la traçabilité des échanges, un avantage significatif dans des zones où le cash pose des problèmes de sécurité et où les commerçants se déplacent perpétuellement !

Le E-commerce ou plutôt le M-commerce vient ainsi supplanter un modèle de distribution qui n’avait pas fait ses preuves. C’est avec du click & collect ou du HTTPS que  les africains consomment aujourd’hui! Dans des pays où moins de 4% des villes sont équipées de supermarchés, le mobile devient le relais entre les consommateurs et les plateformes comme Jumia ou Cdiscount. Ceux-ci deviennent les nouveaux commerçants en synergie avec les gigantesques et grouillants marchés africains : ils ont compris que pour séduire en Afrique, il faut développer du « local » avec l’inébranlable « bouche à oreille » et avec des marketeurs « made in Africa”…

Les entreprises étrangères qui tentent de développer des technologies de services échouent quand elles n’embauchent pas des équipes locales expertes. La clef de l’internationalisation des innovations passera donc nécessairement par du “made in Africa” et de la montée en compétences des acteurs locaux. Le continent, dont 60% de la population a moins de 20 ans, parviendra à relever le défi de sa croissance en favorisant la formation de sa jeunesse et la valorisation d’écosystèmes locaux!

Révolution digitale en Afrique ? Écosystèmes, applications mobiles et cartographies

Depuis plus de 10 ans je découvre des nouveaux projets directement liés aux nouvelles technologies s’installer en Afrique et par milliers.

Les porteurs de projets sont unanimes : une personne qui n’a jamais eu de mobile ou d’ordinateur est capable de prendre en main une tablette et de l’utiliser en un temps record, et encore plus vite que celui qui à déjà eu un accès à ces technologies !

Et je l’ai personnellement remarqué il y à au cœur de la Guinée ou j’utilisais un PC sous Windows 10 avec écran tactile.

Les jeunes Guinéens, âgés en moyenne de 10 ans, l’apprivoisait avec une inventivité déconcertante…
Je pense que c’est aussi du au fait qu’il ne réfléchissent pas en prenant en compte les systèmes qu’ils utilisaient s’ils étaient équipés, mais avec un regard nouveau, curieux et donc quelque part parfaitement innovant.

Le digital et le mobile permettent des nouveaux usages collaboratifs en Afrique
Le digital et le mobile permettent des nouveaux usages collaboratifs en Afrique

Alors quels sont les freins au développement d’écosystèmes alliant numérique, hardware et digital dans le secteur de l’éducation, de la santé, de l’entrepreneuriat ?

C’est la connexion…
Les infrastructures : filaire, câble, satellites sont systématiquement trop chère, peut développées ou inexistantes (lire mon dossier sur le Cameroun, le Rwanda et le Burundi dans Info Afrique). Les gens n’ont pas accès aux mises à jours, aux téléchargements, et ne peuvent consulter que les données ayant le poids le plus faible.

C’est donc la connexion qui fait cruellement défaut 🙁

 

Quelles solutions pour le développement d’écosystèmes digital en Afrique ?

La solution c’est bien sur de disposer de système, tablettes, PC, notebook, phablettes ou Smartphones qui sont « pré chargés » avec des programmes ou applications. Cela existe et il faut être capable de désactiver les mises à jours automatiques, les logiciels qui téléchargent sans prévenir etc…
Les succès des projets avec ces méthodes sont désormais généralisés et l’Afrique de l’est et les projets éducatifs les utilisent à grande échelle.

« Il est impossible de développer des systèmes ou des applications en Afrique sans être parfaitement conscient des exigences culturelles, il est primordial d’être sur le terrain, longtemps et en parfaite harmonie avec les usagers des technologies »

Du OFFLINE pour l’Afrique avec Google, et les autres ?

Mais la ou se situe une progression vraiment remarquable c’est dans les systèmes ou écosystèmes qui permettent d’être utilisés « offline »
C’est bien sur Google qui performe dans ces développement que je qualifierais d’innovants dans la mesure ou ils vident des pays en voie de développement sans coûts complémentaires ou avec gratuité totale.

Comparatif Google Maps et Open Street Map

Les cartes avec Google Maps permettent aujourd’hui d’être de plus en plus consultés offline. La aussi une petite révolution.

A noter qu’OSM ( Open Street Map ) le permet également avec par exemple l’application Map Factor, sur mobile, qui donne la possibilité de se géolocaliser sans aucune connexion et en utilisant son Smartphone comme un GPS professionnel.

Avec une vrai évolution qui sont les options de temps de trajets, de traces ou routes sauvegardés etc… des options astucieuses. Le système bénéficie d’une précision assez stupéfiante, mais pas sur la cartographie Google Maps hélas…

Le comparatif Google Maps et Open Street Maps lors de ma mission en Guinée:

Voici la version de Google Maps pour la ville de Dalaba en Guinée…

 

Et la version que propose Open Street Map !

Je vous laisse juge de la différence de détails…

A noter que Youtube se met également à proposer des usages « offline », je l’évoque dans mon article sur Info Afrique. ceux-ci permettent d’envisager de nouvelles perspectives de développement par exemple pour l’éducation numérique avec le partage de cours dans des zones non couvertes par Internet en Afrique.

Des applications mobiles pour tous les usages

Règle numéro 1: toujours avoir dans le développement de l’application un mode « SMS ». C’est aujourd’hui l’usage le plus prisé pour 80% des Africains qui utilisent des mobiles et non des Smartphones.

Il est indispensable d'être présent sur le terrain pour comprendre les axes de développement
Il est indispensable d’être présent sur le terrain pour comprendre les axes de développement

Permettre aux client final ou au bénéficiaire d’avoir des informations précises en adéquation avec le besoin mais systématiquement en synergie avec la culture locale et le contexte.

– Application de cours des matières premières : avec par exemple l’agriculture ou les cultivateurs reçoivent les informations tous les jours ou toutes les heures sur les cours de leurs produits, lire le dossier Info Afrique.

– Ajouter des datas pertinentes en synergie avec le contexte. Par exemple les informations météo géolocalisés pour ces agriculteurs qui, en Afrique, ont un besoin crucial de stockage et de gestion.

Les applications de santé ou d’éducation évoluent dans le même cadre mais avec d’autres spécificités. Je reviendrais sur ce sujet en détail dan un prochain post.

Le numérique et le code en Afrique

Les nouvelles technologies en Afrique représentent le plus gros marché au monde selon de nombreux experts financiers

Il y aurait actuellement 800 millions de téléphones mobile en Afrique, c’est plus qu’en Europe ou aux USA. Sachant que 80% de ces mobiles sont d’ancienne génération imaginons l’impact sur les applications et l’échange d’information quand ils seront renouvelés par des Smartphones.

Les nouveaux leaders de l’économie numérique ne sont pas uniquement Google, Facebook, SAP, Atos, mais aussi désormais Jumia, MTN, Orange… Des groupes qui définissent de nouveaux paradigmes « agiles » des entreprises participatives, collaboratives… du web 3.0 ?

Interview FedAfrica sur le digital en Afrique

Parmi les nombreuses mutations qui permettent à l’Afrique de s’imposer comme le continent de la croissance, l’essor de la sphère digitale, synonyme de développement économique et social est incontournable.
Le continent est aujourd’hui doté d’un très fort potentiel, tant en termes de nombre d’utilisateurs que d’accès aux offres les plus innovantes. C’est par ailleurs pour répondre à de nouvelles habitudes de consommation, ainsi qu’à un besoin de réactivité et d’inter-connectivité que l’ensemble des acteurs économiques ont pris part à cette révolution.

A ce titre, Fed Africa lance en 2016 le chantier de son nouveau site Internet qui promet d’être responsive et plus ergonomique.
Afin d’en savoir plus sur le virage numérique et ses formes multiples, nous avons convié Thierry Barbaut – expert Digital & Afrique, à nous faire un état des lieux du marché.
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Fed Africa : Dans quelle mesure les nouvelles technologies sont-elles un enjeu de développement ?

Thierry Barbaut : Les nouvelles technologies en Afrique touchent tous les secteurs d’activités : l’industrie, la finance, les matières premières mais aussi et surtout l’agriculture, la santé, les déplacements, les énergies renouvelables et bien sûr l’éducation. Grâce aux NTIC des perspectives incroyables se dessinent et plus particulièrement en Afrique grâce à deux leviers :

  1. Le premier levier est l’accès à l’information et c’est le mobile qui l’a rendu possible. Le marché est passé à une étape de renouvellement avec l’arrivée des smartphones low cost, c’est une deuxième phase de cette révolution télécom qui offrira l’accès à des applications plus inclusives pour des centaines de millions d’utilisateurs.
  2. Le second levier est représenté par les services qu’offre aujourd’hui le mobile. Le plus marquant est bien sur le mobile banking qui démocratise l’accès à la bancarisation. Toutes les classes sociales utilisent le mobile banking et les PME sont de plus en plus représentées. De nouveaux marchés s’ouvrent : l’assurance, l’épargne ou le micro-crédit

– L’émergence des réseaux sociaux en Afrique permet principalement l’échange d’information et donc le contact entre usagers : entreprises, particuliers, organisations avec un accent particulier sur le mode collaboratif. En effet l’outil est extrêmement utile aux populations en recherche de structuration, de fonds et bien sûr de mise en œuvre d’actions.

– Le big data est prépondérant car les données collectées changeront définitivement le visage de l’Afrique avec des perspectives de personnalisation des services adaptés aux besoins des utilisateurs.

– La cartographie et la géolocalisation en temps réel permettent déjà de lutter contre le développement du paludisme, de gérer le trafic des bus de Nairobi en mode collaboratif ou d’apporter des données météo précieuses aux millions d’agriculteurs ou éleveurs par le biais de SMS journaliers.

– le Crowdfunding mais aussi le crowdsourcing ou le crowdimpactingpermettront de mieux gérer l’aide au développement en récoltant et diffusant des données plus efficientes.
Fed Africa : Quels impacts à la sphère digitale dans les habitudes de consommation ?

Thierry Barbaut : Un des impacts majeurs a été de mettre en contact les populations, les familles, les régions et même les pays d’Afrique. Comme l’Afrique est dans le noir la nuit par manque d’électricité, elle est aussi dans l’ombre au niveau de la communication.

La diaspora entre enfin de manière efficiente dans le développement de l’Afrique, des HUBS se développent afin de faciliter les contacts mais aussi les financements, les échanges et les bonnes pratiques.

Jumia bien sûr avec la société AIG (Africa Internet Group) mais aussi Cdiscount (Bolloré et le groupe Casino) possèdent à eux deux plus de 40 sites internet de e-commerce en Afrique.

Mais là ou Jumia s’est particulièrement démarqué c’est dans l’adaptabilité des différents sites internet aux spécificités locales et culturelles mais aussi techniques et législativement : pas de HTTPS (paiement sécurisé sur Internet) ou de paiement par carte dans tel ou tel pays, c’est alors du «click and collect » qui est mis en place (système ou le consommateur commande en ligne et payera à la réception du produit).

Finance, marché informel et lutte contre la corruption

Le digital permet à l’Afrique de se placer sur les marchés financiers et de développer ses propres fonds d’investissement d’incubateurs et enfin de ne pas dépendre systématiquement de l’aide internationale même si des contrastes restent saisissants d’un pays à l’autre, ce qui est logique sur 54 pays.

Le fait de piloter des marchés financiers dans un écosystème digital permet ausside transformer le marché informel qui représente 70% en Afrique.Formaliser les échanges, par exemple sur les différents marchés journaliers qui se tiennent dans les villes et qui mettent à disposition des populations les denrées de première nécessité, représenterait plus de 500 milliards d’euros par an dans sa phase N+1. Le mobile banking sera bien sur le principal vecteur des connexions financières entre clients et vendeurs.

Fed Africa : Quelles sont vos projections concernant la prochaine décennie ?

Thierry Barbaut : Les HUBS liés aux nouvelles technologies vont exploser, ils sont des pépinières de jeunes vecteurs d’innovations locales et adaptés aux cultures et mode de consommation des 54 pays du continent.

– Les applications mobiles et les objets connectés, qu’ils soient chez les particuliers, dans les usines ou grandes entreprises joueront un rôle essentiel.

– Il est probable que l’Afrique soit finalement cette locomotive de la croissance mondiale dès 2030 avec deux milliards d’habitants. Les défis à relever sont énormes mais la croissance est présente et perdure même avec la chute des cours du pétrole. Cette croissance, même si elle est inégalement répartie, touchera de plus en plus de monde et donnera plus d’impact et de pouvoir d’achat aux populations.

Dans les bonnes initiatives digitales en Afrique il faut citer We Think Code, une ONG Sud-Africaine qui ouvrira début 2015 la première école gratuite de codeurs ouverte aux pays limitrophes sur le même modèle que « 42 Born to Code » l’école du fondateur d’Iliad (Free) Xavier Niel à Paris.
L’économie informelle va se structurer progressivement permettant aux Etats de mieux se développer financièrement notamment en collectant des impôts importants. La bonne gouvernance sera bien sûr aussi décisive qu’indispensable. Faisons confiance aux jeunes, 50% de la population Africaine à moins de 25 ans et la jeunesse rime avec innovation.